Chapitre 14 - Les chlamydia

Les bactéries du genre chlamydia sont des bactéries de petite taille incapables de faire la synthèse de leurs propres constituants et, de ce fait, parasites intracellulaires obligatoires. Elles sont représentées par trois espèces principales : C.trachomatis qui est responsable du trachome épidémique, d'infections génitales et oculo-génitales, et de la maladie de Nicolas et Favre ou lymphogranulomatose vénérienne ; C.psittaci, agent de l'ornithose-psittacose, dont les réservoirs de germes sont les oiseaux (pigeon, perroquet, perruche) et certains mammifères (ovins, bovins, chat), qui est responsable d'infections respiratoires chez l'homme, et C.pneumoniae, dont le réservoir de germe est l'homme, qui est responsable d'infections respiratoires chez l'homme.
14.1 Caractères généraux des chlamydia
Petite bactérie arrondie de 0,3 µ de diamètre, la forme virulente des chlamydia est le corps élémentaire. Celui-ci est adapté à la survie dans le milieu extérieur, sans possibilité de multiplication mais avec l'aptitude de pénétrer par phagocytose à l'intérieur de la cellule-hôte. Dans la vacuole de phagocytose, le corps élémentaire se transforme en 6 à 8 heures en corps réticulé, élément plus grand dont l'ADN est réticulé, qui est responsable de la multiplication des Chlamydia. En 18 à 24 h, le corps réticulé augmente de volume, se transforme en inclusion intracytoplasmique contenant de nombreux corps réticulés qui vont ensuite évoluer en corps élémentaires. La cellule-hôte va ensuite éclater et libérer les corps élémentaires qui, à leur tour, vont recommencer un nouveau cycle de multiplication intracellulaire.
Les Chlamydia possèdent des antigènes de genre communs à toutes les espèces, des antigènes d'espèce différents chez C.trachomatis, C.psittaci et C.pneumoniae, et des antigènes de type permettant de distinguer parmi l'espèce C.trachomatis les types A, B, C du trachome, D à K des infections génitales et le type L de la lymphogranulomatose vénérienne. L'étude des anticorps spécifiques est intéressant pour le diagnostic sérologique de l'infection par chlamydia, quoique la positivité du sérodiagnostic puisse traduire l'infection passée et non pas l'activité actuelle du processus infectieux.
14.2 Chlamydia trachomatis
Le réservoir de germe de C.trachomatis est l'homme. La transmission d'homme à homme est assurée par contact direct (sexuel, main, linge souillé) ou indirect (mouche trachome).
14.2.1 Le trachome
Maladie endémique largement répandue dans les zones intertropicales, le trachome touche 500 millions de personnes. Dues aux sous-types A, B et C de C.trachomatis il se traduit par une kérato-conjonctivite franche avec altération conjonctivale (papilles rouges et follicules translucides, pathognomoniques) et cornéenne (pannus = néovascularisation) qui évolue vers la cécité par surinfection bactérienne, complications mécaniques et ulcération cornéenne.
14.2.2 Les infections génitales ou sexuellement transmissibles
D'incidence croissante, les infections génitales à Chlamydia trachomatis des sous-types D à K provoquent chez l'homme des urétrites mucopurulentes trainantes, et chez la femme, des cervicites souvent latentes pouvant se compliquer de salpingite et de stérilité. Le nouveau-né peut se contaminer au passage de la filière génitale et peut faire une conjonctivite généralement bénigne et plus tardivement une pneumonie interstitielle.
Le syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter (arthrite + conjonctivite + urétrite) pourrait être dû à C.trachomatis.
14.2.3 Lymphogranulomatose vénérienne ou maladie de Nicolas et Favre
Dûe aux sous-types sérologiques L, la maladie de Nicolas et Favre est une maladie sexuellement transmise. Après 3 à 30 jours d'incubation, un micro-chancre apparaît au point d'inoculation (gland, vagin, anus) qui s'accompagne quelques jours plus tard d'une polyadénopathie inguinale. Celle-ci va ensuite donner lieu à de multiples fistules en pomme d'arrosoir. Des localisations extragénitales peuvent survenir (neurologiques, articulaires, oculaires).
14.2.4 Diagnostic bactériologique

  1. Examen microscopique des cellules lésionnelles prélevées par grattage :
    • Coloration de Giemsa : inclusions. Méthode peu sensible pour les formes génitales.
    • Immunofluorescence avec anticorps monoclonaux : met en évidence les corps élémentaires. C'est une méthode sensible (90 % de positivité dans les cas à culture +) et spécifique mais sujette à des variations individuelles (difficulté habituelle de l'interprétation microscopique de la fluorescence !).
    • Hybridation avec des sondes spécifiques : méthode sensible, spécifique et robuste.

  2. Culture sensible et spécifique sur culture cellulaire (cellules McCoy ou Hela) dont la positivité est révélée par immunofluorescence.
  3. Sérologie : micro-immunofluorescente (titre significatif > 64) intéressante pour le diagnostic de la maladie de Nicolas et Favre.

14.2.5 Traitement
Préventif : hygiène +++ pour le trachome
Ciuratif : antibiotiques : cyclines, macrolides, fluoroquinolones.
14.3 Chlamydia psittaci
14.3.1 Le réservoir de germes
Oiseaux (pigeon, perroquet, perruche) et mammifères. Distribution mondiale.
14.3.2 Le pouvoir pathogène
Après une période d'incubation de 1 à 2 semaines, les Chlamydia se multiplient dans le poumon et entrainent une pneumonie à la localisation radiologique atypique, fébrile qui peut se compliquer de myocardite, glomérulonéphrite et méningo-encéphalite.
14.3.3 Diagnostique bactériologique
Surtout indirect, par réaction de fixation du complément, spécifique de genre, ou par immunofluorescence, ou technique ELISA, spécifiques d'espèce (titre significatif > 64).
14.3.4 Traitement
Règlements d'hygiène publique (pigeons) et d'importation des oiseaux d'agrément.
Antibiotiques : cyclines et macrolides.
14.4 Chlamydia pneumoniae
14.4.1 Réservoir de germes
Homme avec transmission exclusivement interhumaine.
14.4.2 Pouvoir pathogène
Pneumonie atypique, bronchite, sinusite, pharyngite.
Rôle dans la genèse de l'athérosclérose en cours d'éclaircissement.
14.4.3 Diagnostic bactériologique
Direct : immunofluorescence directe sur frottis d'écouvillonnage pharyngé avec anticorps monoclonal. La culture est difficile
Indirect : par micro-immunofluorescence, les anticorps spécifiques apparaissent 3 semaines après la primoinfection (titre significatif > 512).
14.4.4 Traitement
Cyclines, macrolides.







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