Les détresses respiratoires



1) Evaluation des facteurs de gravité:
Avant d'aborder les différentes causes possibles d'une détresse respiratoire, voyons tout d"abord les signes traduisant une atteinte sévère:
-cyanose (coloration bleutée de la peau) accompagnée de sueurs
-respiration abdominale
-épuisement du malade
-troubles de la conscience, atteinte des fonctions supérieures
-tachycardie ou bradycardie (précède l'ACR)
2) Bilan:
En tout premier lieu, on vérifie l'absence d'un corps étranger au niveau des voies aériennes supérieures.
On recherche au cours du bilan les facteurs de gravité en premier lieu, puis on mesure la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, la tension artérielle; toutes ces constantes doivent être prises avant une éventuelle oxygénothérapie et contrôlées par la suite pour voir si elles varient avec l'administration d'oxygène.
L'interrogatoire devra être méthodique pour rechercher les antécédents médicaux ou un éventuel facteur déclenchant de cette détresse respiratoire afin d'aider le médecin régulateur à en déterminer la cause.
La prise de température devra être systématique (infections pulmonaires), de même qu'on notera la coloration des conjonctives (état de choc, anémie).
Dans le cas d'un traumatisme (A.V.P.,défenestration), on déshabillera la victime pour rechercher un éventuel impact ou une déformation thoracique.
3) Les grandes causes de détresse respiratoire:
-l'asthme aigu grave:
L'asthme est une pathologie fréquente mais qui n'est pas à négliger et dont la mortalité est importante dans le cas des crises graves; voyons quels sont les éléments qui, chez un asthmatique en crise, vont nous orienter vers la demande d'un moyen médicalisé:
-débit expiratoire de pointe <120 l/min (Peek-Flow)
-fréquence respiratoire >30/min
-fréquence cardiaque >140/min
-cyanose
-agitation
-sueurs abondantes
-le patient ressent sa crise comme "inhabituelle"
-impossibilité de parler
-pouls paradoxal >20mm Hg (différence entre la tension artérielle maximale à l'inspiration et à l'expiration)
-pas d'amélioration même après avoir vidé un flacon de Ventoline
Les signes suivants témoignent d'une extrême gravité:
-troubles de la conscience
-pauses respiratoires
-effondrement de la tension artérielle
-l'oedème aigu pulmonaire (OAP)
Cette pathologie se rencontre essentiellement chez le sujet âgé voire très âgé!
La cause peut ne pas être trouvée immédiatement ou être plus évidente comme une infection pulmonaire depuis 3 jours et une fièvre à 39°C (toujours prendre la température).
L'OAP est beaucoup plus fréquent la nuit ou au petit matin.
Le malade est généralement trouvé à l'arrivée des secours assis au bord de son lit, très essoufflé, avec de grosses difficultés pour parler et rejetant des crachats rosés (expectorations bronchiques et sang).Un grésillement caractéristique pourra être entendu à chaque mouvement respiratoire.
Le traitement nécessitera de faire appel à un moyen médicalisé; en attendant, on oxygénera à fort débit et on laissera le malade assis au bord de son lit, les jambes pendantes.
-pneumothorax et hémothorax:
Il s'agit d'un épanchement d'air (pneumothorax) ou de sang (hémothorax) dans la plèvre qui est une enveloppe qui entoure les poumons. Le poumon étant alors désolidarisé de la cage thoracique, il ne suit plus les mouvements de la respiration et se rétracte ou bien est comprimé par une hémorragie, entraînant une détresse respiratoire.
Le pneumothorax peut survenir chez un sujet jeune, sans antécédent, et sans raison apparente,
l'hémothorax se voit surtout chez les victimes d'un violent traumatisme du thorax.
-atteinte du système nerveux central ou périphérique:
La respiration étant commandée par le système nerveux, une atteinte de celui-ci va pouvoir entraîner une détresse respiratoire; c'est le cas de certaines lésions cérébrales bien sûr, mais aussi des intoxications médicamenteuses par des substances comme le Valium, le Lexomil et beaucoup de médicaments donnés comme anxiolytiques ou hypnotiques. C'est également le cas des drogues comme la morphine et les morphiniques en général.
Au niveau périphérique, un traumatisme au niveau du rachis peut entraîner une lésion de la moelle et provoquer un arrêt respiratoire.
-détresse respiratoire chez un insuffisant respiratoire chronique:
Dans ce cas, le patient ou sa famille vous préviennent toujours qu'il s'agit d'un insuffisant respiratoire chronique; sinon, on peut parfois facilement s'en apercevoir par la présence de matériel comme un extracteur d'oxygène, un respirateur sur la table de nuit ainsi qu'un aspirateur de mucosités. Ces patients sont, à un stade avancé de la maladie, sous oxygène en continu pendant 16 à 18 heures par jour.
L'administration d'oxygène chez ces malades doit se faire avec la plus grande prudence et ne doit, sauf prescription médicale contraire, jamais dépasser 2 l/min.
-obstacles des voies aériennes supérieures:
Les techniques habituelles de secourisme sont parfaitement adaptées à cette situation et permettent le plus souvent par une désobstruction manuelle ou la manoeuvre de Heimlich de venir à bout de ce type de détresse.
-intoxication par l'oxyde de carbone:
Cette intoxication se trouve essentiellement dans les cas de personnes intoxiquées par des fumées d'incendie ou exposées à des combustions incomplètes (gaz, charbon).
Les signes sont trompeurs: pas de cyanose mais parfois au contraire coloration rosée, maux de tête, nausées, vomissements.
En cas de doute, il faut d'abord penser à se protéger: une partie de l'équipe reste à l'extérieur de la zone potentiellement dangereuse, l'autre partie entre aérer les lieux.
Le traitement repose sur l'administration d'oxygène en atmosphère hyperbare (caisson), ou à défaut à fort débit.
-autres maladies:
Il s'agit de maladies comme la myasthénie, la mucoviscidose, l'intoxication par certains poisons (curare)
4) Conclusion
Le fait de connaître ces principales détresses va permettre d'orienter le médecin régulateur vers telle ou telle maladie et lui facilitera la prise de décision de l'envoi ou non d'un moyen médicalisé sur votre intervention.

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